HISTOIRE d’ Ö

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HISTOIRE d’ Ö

Message par Félénius le Mar 11 Mar - 8:08

HISTOIRE d’ Ö
Il y a de cela bien longtemps dans un pays très loin à l’est sur les bord de la Méditerranée vivait Nohel Denaze, un jeune homme, bûcheron de son état et qui adorait les animaux. De tempérament plutôt gai, il aurait été un agréable compagnon pour les jeunes gens de son âge mais  il préférait les quadrupèdes et en particulier les ânes et les bœufs auxquels il trouvait un air doux et paisible. Il lui arrivait même de passer ses nuits dans les étables en leur compagnie au grand dam de ses parents et de celles qui auraient bien voulu être ses amies.
Même la grande Lulu Sapin, une jeune femme mal fagotée qui était un peu pliée à force de  porter de gros fardeaux, avait tenté de séduire le joyeux Nohel, et devant son indifférence, elle s’était emportée,  allant jusqu’à le menacer de lui montrer de quel bois elle se chauffait. Hélas, ce fut peine perdue et tout ce qu’elle récolta fut un  râteau qui traînait par là, ce qui lui valut ipso facto une belle bûche !
Sans compter que la pauvre Sapin se fit enguirlander par ses parents.
A la longue la gent féminine agacée par ce  côté bellâtre finit par l’ignorer et toutes  lui tournaient le dos dès qu’elles entendaient un bruit de sabots : lui cheminait avec ses bêtes, la hache sur l’épaule, en  fumant de l’herbe à Nicot, tandis qu’elles mâchonnaient un brin d’avoine.
Personne ne pouvait expliquer cette attirance pour les herbivores ni pourquoi il répétait souvent la même  phrase, avec un air de supériorité, comme s’il détenait un savoir divin, ce qui avait le don d’exaspérer les garçons  de son âge qui le tenaient à l’écart, lassés de l’entendre dire dès qu’ils parlaient de la pluie, du beau temps ou des récoltes : « Ah ! Ça, j’ai su ça bien avant vous !  Oh oui ! J’ai su ça depuis toujours ».
Aussi avaient-ils pris l’habitude de lui couper la parole dès qu’il commençait à parler et les conversations s’achevaient toujours de la même manière
- J’ai su …
- Denaze, arrête !

Un soir de décembre, celui-là même  qui vendait de l’herbe à fumer,  le vieux Nicot, las d’entendre toutes ces sempiternelles phrases proposa d’invoquer un esprit pour ramener Nohel dans le droit chemin.
Tandis que ce dernier chantait dans une étable avec ses compagnons à quatre pattes, Nicot accomplit devant le village un étrange cérémonial. Désignant  l’Étoile du Berger qui venait de se lever, il se pinça le nez, invitant les autres à faire de même, en chantant d’une voix nasillarde « Il est nez, il est nez …». Tout le village l’imita, enchaînant une ronde endiablée  et dans le ciel  s’éleva une mélopée endiablée « Ilèné…Ilèné… ILÈNÉ  ».
Soudain, en un éclair,  se manifesta un esprit venu d’ailleurs. On aperçut  une forme ronde tournoyer au dessus des têtes, au rythme  de la mélopée, surmontée de  deux points qui brillaient tels des yeux : c’était  Ö… l’Umlaut! Celui-qui-modifie-les-sons !
Il tournoya encore une fois et brusquement, accompagné par les  « … ILÈNÉ … ILÈNÉ », il prit de la hauteur avant de s’abattre sur l’étable dans un grand fracas, ce qui interrompit la mélopée. Un cri lui succéda comme un vagissement d’enfant et l’on vit sortir le fils Denaze: il n’avait plus sa hache et portait le signe de l’Umlaut … Transfiguré, le joyeux NÖEL  s’écria « J’AI SU DENAZE ARRETE » avant de disparaître.

Nul ne le revit jamais mais certains affirmèrent avoir entendu un certain Judas qui avait l’œil partout, parler d’un être amphibie qui pouvait marcher sur les eaux et qui prêchait la bonne parole dans le désert.  Au début, paraît-il, c’était la croix et la bannière pour convaincre les gens mais peu à peu il s’était fait connaître et on le priait d’inscrire son nom au Gotha …

Le village en tira une certaine réputation.
Lulu Sapin inconsolable ne se consacra plus qu’aux travaux d’aiguilles auprès du bœuf et de l’âne, elle  prit  le sobriquet de « Bête elle aime » et la bourgade à sa mort  adopta le même nom.  Voilà pourquoi,  tous les 24 décembre, c’est la fête de Noël : on décore un sapin de guirlandes, on  n’oublie pas de placer les sabots dans la cheminée, faute d’y faire entrer un âne et un bœuf, tout en chantant une chanson incompréhensible  « ILÈNÉJEZUDENAZARET » . L’Umlaut a tenté  de se déguiser même si on le reconnaît à ses yeux et certains continuent à lui rendre hÖmmage...

Félénius

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Date d'inscription : 26/02/2014

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